Jean et Marie Moinon, résistants du quartier du Buisson Saint-Louis

Focus

Mise à jour le 26/03/2026

Plaque de rue
Dans le 10e arrondissement, à deux pas de l’hôpital Saint-Louis, une rue rend hommage à Jean et Marie Moinon, dont l’engagement dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale a marqué à jamais le quartier populaire du Buisson Saint-Louis. Retour sur l'histoire d'un couple aussi héroïque que discret.

Une rue au fil du temps

La rue Jean et Marie Moinon a une histoire ancienne. Avant 1877, la portion comprise entre la rue Saint-Maur et la rue de Sambre-et-Meuse s’appelait passage Saint-Louis du Temple, tandis que celle débouchant sur la rue Sainte-Marthe portait le nom de passage de Loos.
De 1877 à 1899, la voie devient rue de Loos et s’étend de l’avenue Claude Vellefaux au boulevard de la Villette. Par un arrêté du 2 août 1899, la portion donnant sur le boulevard de la Villette est rebaptisée rue Henri Feulard, en mémoire du médecin de l’hôpital Saint-Louis mort lors de l’incendie du bazar de la Charité, tandis que l’autre portion conserve son tracé.

Un café de quartier devenu lieu de Résistance

Dès 1930, Jean et Marie Moinon tiennent un commerce de vin et de restauration situé au numéro 19 de la rue du Buisson Saint-Louis. Dans ce quartier populaire, leur café devient rapidement un lieu de vie animé, où se croisent ouvriers et habitants.
Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale et que la France est occupée, le couple choisit de rejoindre la Résistance locale. Dès lors, derrière l’apparente banalité du café se déroulent réunions secrètes, partage d’informations et circulation d’armes et d’explosifs dissimulés parmi les marchandises. Marie, sous le pseudonyme de « Berthe », joue un rôle actif dans ces activités clandestines.

Arrestation et déportation

Malgré toutes leurs précautions, Jean et Marie Moinon sont arrêtés par la Gestapo le 22 janvier 1944, lors d’une réunion dans leur café.
Ils sont d’abord emprisonnés à Fresnes puis à Compiègne, avant d’être déportés. Jean est envoyé au camp de Bremen-Farge, où il meurt en décembre 1944, tandis que Marie est déportée au camp de Ravensbrück, où elle décède en mars 1945.

Des hommages pour la mémoire

Un arrêté du 8 juin 1946 donne à la voie située entre la rue Saint-Maur et l’avenue Claude Vellefaux le nom de Jean Moinon, en même temps que d’autres rues du 10e arrondissement sont rebaptisées pour saluer la mémoire d'autres résistants : Jacques Louvel-Tessier, Jean Poulmarch, Lucien Sampaix, Robert Blache ou encore Yves Toudic. À l'époque, on ne savait pas encore ce qu’était devenue Marie. On le saura dix ans plus tard et, au fil des années, son rôle actif dans la Résistance sera lui aussi pleinement reconnu.
À l’initiative de l’association Histoire et Vies du 10e, la municipalité décide d'étendre cet hommage en mars 2012, à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, en renommant officiellement la rue « Jean et Marie Moinon ». La nièce du couple, qui avait vécu avec eux, assiste à la cérémonie. Ce geste symbolique met en lumière la contribution des femmes résistantes et rappelle que le courage se vit souvent à deux, au quotidien et dans l’ombre.
En complément, une plaque commémorative installée au 19, rue du Buisson Saint-Louis rappelle aujourd'hui aux passants le café où le couple a organisé ses activités clandestines pendant la guerre.
Enfin, un hommage artistique a été installé au sein du jardin du Chalet par le collectif « Société réaliste ». L’œuvre, intitulée « En attendant le Mo(nu)ment », se compose de deux rochers représentant des astéroïdes, symboles de la séparation imposée par la guerre et l’oubli historique.
Les artistes avaient initialement proposé de donner à deux astéroïdes les noms de Jean et Marie Moinon, afin de les réunir symboliquement. Cette demande a toutefois été refusée par le Comité pour la nomenclature des petits corps célestes, dont les règles interdisent d’attribuer à des objets célestes le nom de personnes connues pour des faits politiques ou militaires avant un délai de cent ans après leur disparition.
L’installation évoque ainsi ces astéroïdes « en attente » de nomination et rend hommage au couple de manière pérenne, tout en invitant à réfléchir au temps long de la mémoire et à la place que l’Histoire accorde à certains parcours.
Ces trois hommages rappellent aux habitants et aux visiteurs que, derrière les façades ordinaires du quartier, des femmes et des hommes ont risqué leur vie pour la liberté et la dignité.