Quand le 10e avait ses cimetières

Le saviez-vous ?

Mise à jour le 28/10/2026

Catacombes de Paris : les ossements de l'ancien cimetière Saint-Laurent

Alors que la Toussaint et Halloween approchent, on vous propose de partir sur les traces des cimetières disparus du 10e. Sous une rue, à l’emplacement de théâtres ou le long du canal, leur histoire se mêle à celle de lieux que nous fréquentons chaque jour.

Pendant des siècles, les Parisiennes et les Parisiens ont été enterrés dans les cimetières de leurs paroisses, souvent au pied des églises. À la fin du XVIIIe siècle, leur encombrement et des questions d'hygiène et de salubrité conduisent peu à peu à leur fermeture. Sur le territoire de ce qui est depuis devenu le 10e, plusieurs de ces lieux ont depuis laissé place à des rues et à des bâtiments.

Saint-Laurent, des tombes sous la rue

Du côté de l’église Saint-Laurent, difficile aujourd'hui d’imaginer que l’on traverse d'anciens cimetières. La paroisse en a pourtant possédé deux successifs : le premier à l’emplacement de l’actuel presbytère, le second aménagé en 1622 au nord de l’église.

Fermé en 1797, ce dernier est traversé par la rue Sibour, ouverte en 1804. Les travaux entraînent alors le transfert des ossements vers les catacombes de Paris. On en retrouvera encore, à l'occasion de travaux, tout au long du XIXe siècle, et même en 1913 !

À quelques pas de là, signalons aussi que les religieux du couvent des Récollets possédaient quant à eux un petit cimetière, réservé aux membres de leur ordre.

Deux théâtres sur d’anciens cimetières

Au 38 boulevard de Bonne Nouvelle, le théâtre du Gymnase Marie Bell occupe en partie le terrain d’un ancien cimetière, fermé en 1794. Celui-ci dépendait de la paroisse Notre-Dame de Bonne Nouvelle, dont l’église se trouve aujourd’hui dans le 2e arrondissement. Le théâtre est quant à lui construit en 1820.

Le théâtre de la Porte Saint-Martin partage également cette particularité. Une partie de son emplacement a accueilli, au XVIIIe siècle, un cimetière destiné aux protestants étrangers morts à Paris. Autorisé en 1720, il reçoit sa première inhumation documentée en 1725, avant de fermer en 1762.

Rue de la Grange-aux-Belles, la tombe oubliée d’un héros américain

Dans les années 1760, un autre cimetière pour les protestants étrangers prend le relais, plus au nord, à l’angle des actuelles rues de la Grange-aux-Belles et des Écluses Saint-Martin. Son enclos s’étendait à l’emplacement des numéros 41 à 47 de la rue de la Grange-aux-Belles.

C’est ici qu’est enterré en 1792 John Paul Jones, l’un des héros de la guerre d’indépendance des États-Unis. Ce marin écossais s’est illustré en combattant la marine britannique aux côtés des insurgés américains, notamment en capturant un navire anglais en 1779.

Après la désaffectation du cimetière, sa tombe est peu à peu oubliée. Il faut attendre 1905 et de longues recherches menées à l’initiative de l’ambassadeur américain pour retrouver sa dépouille, rue de la Grange-aux-Belles. Rapatrié aux États-Unis, le marin repose depuis 1913 dans la crypte de la chapelle de l’Académie navale d’Annapolis, dans le Maryland.

Montfaucon, le gibet qui dominait les faubourgs

Dans le quartier de la Grange-aux-Belles, près de l’actuelle place du Colonel Fabien, se dressait aussi le gibet de Montfaucon. Au Moyen Âge, cette imposante construction de pierre servait aux pendaisons et à l’exposition des corps de condamnés exécutés ailleurs.

Visible de loin, le gibet manifestait la puissance de la justice royale. Enguerrand de Marigny, ancien chancelier du roi Philippe le Bel, y fut notamment pendu en 1315. Délaissé au XVIIe siècle, l’édifice est démoli en 1760. Son souvenir reste attaché à l’histoire du quartier.

Sur le canal, un nom qui intrigue encore

À proximité du square des Maures, le canal Saint-Martin possède son bassin des Morts et une écluse du même nom, à hauteur du pont Maria Casarès.

Cette dénomination est généralement rapprochée de l’ancienne rue des Morts, dont le tracé correspond aux actuelles rues des Écluses Saint-Martin et Eugène Varlin. L’origine du nom de cette rue reste toutefois discutée : le passage de convois funèbres ou une déformation de l’ancien nom de rue Saint-Maur figurent parmi les explications avancées.

Pour poursuivre la découverte, on vous propose cependant plutôt de vous rendre dans l'un des cimetières parisiens qui existe encore ! Les infos par ici !