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Reportage

Les plus beaux passages du 10e

Mise à jour le 12/11/2020
En cette période de confinement, on vous emmène vous promener dans les passages du 10e, à la découverte de leur histoire et de leurs secrets.

La vacherie Delanos

Pour bien commencer, direction un passage secret ! Au 148, rue du faubourg Saint-Denis, derrière une lourde porte cochère, se trouve une enfilade de trois petites cours. Des volets couleur vert d'eau, de jolis pavés, des jardinières et des plantes grimpantes le long d'immeubles à arcades… une vraie campagne à Paris.
À l'origine, dans les années 1830, il s'agissait d'une "vacherie", non pas au sens désagréable que l'on connaît aujourd'hui à ce mot, mais bien d'un lieu où l'on élevait des vaches, pour l'approvisionnement en lait du quartier. Au début du XIXe siècle, pour répondre à l'engouement des Parisiens pour le café au lait, le nombre de vacheries grandit dans la capitale : vers 1855, il y existe environ 150 vacheries, et en 1886, malgré l'invention de la pasteurisation, elles sont au nombre de 464.
La petite exploitation de la rue du faubourg Saint-Denis était la propriété de la famille normande Delanos, qui a laissé son nom au passage. Autre souvenir de la destination initiale de ce lieu : la tête de vache sculptée au-dessus de la porte cochère, qui continue de scruter les visiteurs du lieu.
Si ce passage est aujourd'hui privé, il constitue cependant, pour celles et ceux qui y habitent, un petit raccourci vers la rue d'Alsace, et vers la gare de l'Est.

Un passage nommé Désir

Poursuivons la promenade par un passage au nom… évocateur. À l'origine, cette voie, qui existait déjà au XVIIIe siècle, était pourtant baptisée d'un nom bien plus banal, puisqu'il s'agissait de l'allée des Puits. Ce n'est qu'en 1789 que les habitants décident de donner au passage son nom actuel, en raison, dit-on, de la présence d'un hôtel à la vocation très spécifique…
Divisé en deux parties depuis le percement, en 1852, du boulevard de Strasbourg, le passage du Désir présente deux visages :
  • à l'Ouest, du côté du faubourg Saint-Denis, de petits immeubles dotés de boutiques ou d'ateliers en rez-de-chaussée, autour d'une courette pavée et décorée de jardinières. Il y existait trois puits (d'où l'ancien nom de la voie), qui ont tous été bouchés ou intégrés aux caves des bâtiments.
  • à l'Est, du côté du faubourg Saint-Martin, on trouve une plus grande régularité architecturale. Les façades (début XIXe) présentent toutes le même aspect, dans le style briques et pierres qui rappelle l'architecture Louis XIII, comme sur la place des Vosges ou à l'hôpital Saint-Louis. Elles sont également très travaillées : des visages de femme surmontent les portes ; des pilastres, des corniches et des moulures rythment cette succession d'arcades.

Sous verre

Au début des années 1820, Monsieur Brady, un ambitieux commerçant du faubourg Saint-Denis, imagine le plus long des passages couverts parisiens. Avec son associé, Monsieur Briavoine, il lance les travaux en 1825, et trois ans plus tard, naît une galerie marchande comptant 113 boutiques et ateliers. On y trouve des cabinets de lecture, des enseignes élégantes et même un établissement de bains. Mais à Paris, la mode passe vite : la clientèle n'est pas au rendez-vous, et l'ensemble est un échec commercial.
En 1834, les friperies remplacent déjà les boutiques de Monsieur Brady, et une vingtaine d'années plus tard, le percement du boulevard de Strasbourg par Haussmann ampute la galerie, la coupe en deux parties, et lui fait perdre la jolie rotonde qui y était installée.
Dans les années 1890, le passage Brady devient le repaire des peintres du mouvement Nabi (Pierre Bonnard, René Piot, Henri-Gabriel Ibels, Maurice Denis, Édouard Vuillard, Paul Sérusier…), qui fréquentent des restaurants comme L'Os à Moelle, ou Chez Cabouret.
Enfin, depuis les années 1970, le passage connaît encore une nouvelle vie. Les commerçants indiens, pakistanais, mauriciens, s'installent peu à peu sous la verrière du passage, tandis que la partie Est (à ciel ouvert), est investie par les magasins de déguisement.
Antoine Muller - M10

Art déco

Ouvert dès 1785, il est d'abord baptisé "passage du Bois de Boulogne", du nom d'un bal populaire qui s'y tenait. Ce n'est que vers 1930 que la galerie prend le nom du célèbre musée madrilène du Prado, sans que l'on sache vraiment expliquer cette référence.
Dans l'intervalle, en 1925, le passage est recouvert d'une verrière à charpente métallique, dont les décors sont typiques du style Art déco. Tout le goût de l'époque se reflète en effet dans ces arcs en accolade, décorés de plâtres représentant des colonnes, des fruits et des fleurs.
Galerie marchande où l'on trouvait autrefois de nombreux chapeliers, le passage du Prado fait aujourd'hui partie intégrante du quartier indien. Lors d'une campagne de rénovation en 2012, les décors Art déco ont été repeints de couleurs très vives qui évoquent le style Bollywood, rendant ainsi hommage à ce quartier et à ses habitants.