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Rue de l'Échiquier, René Crevel retrouve son 10e natal

Mise à jour le 15/11/2022
Au début du mois de décembre 2022, la Ville de Paris et la Mairie du 10e rendent hommage à un écrivain dadaïste et surréaliste aujourd'hui méconnu, René Crevel (1900-1935). Une plaque sera apposée sur l’immeuble qui a vu sa naissance, au 30, rue de l'Échiquier.
Le dévoilement de la plaque en mémoire de René Crevel se tiendra le lundi 2 décembre 2022, à 14h30, dans le jardin Yılmaz Güney, en présence d'Alexandra Cordebard, Maire du 10e, de Laurence Patrice, adjointe à la Maire de Paris chargée de la Mémoire, et d'Élie Joussellin, adjoint à la Maire du 10e délégué à la Mémoire. Un temps solennel qui sera bien sûr ouvert à toutes et à tous.

Un écrivain méconnu retrouve la rue de son enfance

Né rue de l'Échiquier dans une famille bourgeoise, René Crevel n'habitera que peu de temps le 10e arrondissement, puisque ses parents déménagent rapidement dans l'Ouest parisien. Le jeune homme suit sa scolarité au lycée Janson de Sailly (16e), et son adolescence est tragiquement marquée par le suicide de son père, lorsqu'il avait 14 ans. Son bac en poche, il suit des études de lettres et de droit à la Sorbonne mais délaisse les études pour leur préférer la lecture et les débats entre artistes.
Après son service militaire, avec un petit cercle d'écrivains, Crevel fonde une revue : "Aventure". Le groupe suit de près la polémique qui oppose les partisans de Tristan Tzara, chef de file des dadaïstes, à ceux d'André Breton du mouvement surréaliste. Il s'engage auprès de Tzara, mais entretient cependant de bonnes relations avec Breton, qui l'invite en septembre 1922 à initier les surréalistes aux sommeils hypnotiques, pratique inspirée du spiritisme. Un cérémonial qu'André Breton accepte avec bonne volonté, tant Crevel l'impressionne par la qualité de son éloquence. Breton regrettera ainsi que les séances n'aient pu être enregistrées : "Nous aurions eu un document inappréciable, quelque chose comme le spectre sensible de Crevel.".
Amateur de mondanités, Crevel fréquente les salons parisiens, notamment ceux d'Étienne de Beaumont, de Marie-Laure de Noailles, de la princesse Murat, de Jean-Louis de Faucigny-Lucinge, tout autant qu'il s'investit auprès de l'avant-garde artistique : il se lie d'amitié avec Louis Aragon, Paul Éluard, Philippe Soupault, Luis Buñuel, Pablo Neruda, et restera toujours fidèle à André Breton. Il entretient des relations amoureuses avec le peintre américain Eugene McCown, ainsi qu'avec l'écrivaine Mopsa Sternheim. Crevel est enfin un militant antifasciste convaincu : il soutiendra dès 1933 les intellectuels allemands qui fuient le nazisme, agira en faveur des insurgés républicains en Espagne, s'engagera dans l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (proche du parti communiste).
En 1929, l'exil de Léon Trotski le conduit à renouer avec les surréalistes : il fait alors tout pour tenter de rapprocher le mouvement artistique du parti communiste. En 1935, Crevel s'investit ainsi dans l'organisation du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture. Cependant, à la suite d'une violente altercation avec le représentant de la délégation soviétique, André Breton est interdit de parole et exclu du congrès. René Crevel, qui ne peut imaginer l'absence des surréalistes à ce congrès, en sort profondément désabusé.
Atteint par la tuberculose dès 1926, l'écrivain Eugène Dabit notera : "[Il] cachait avec tant de courage sa maladie. Je ne pourrai jamais oublier son visage. Tant de fraîcheur, de générosité, de passion, en lui…". Lorsque la maladie, qu'il pensait avoir surmontée, ressurgit en 1935, Crevel choisit de se donner la mort, après avoir griffonné sur un papier : "Prière de m'incinérer. Dégoût.". Il avait 34 ans.
Restent de lui ses écrits : un style qui conjugue le ton pamphlétaire et l'interrogation introspective, une réflexion caustique sur son temps qui n'a que peu d'équivalents, des modèles littéraires, empruntés au XVIIIe siècle (Sade et Diderot notamment), qui deviennent avec lui les ancêtres du matérialisme léniniste, un engagement déterminé en faveur de la paix, de l'humain et du rêve.

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