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Actualité

Un hommage à une vedette du faubourg, la Houppa

Mise à jour le 28/07/2021
Le 19 juillet 2021, la Ville de Paris et la Mairie du 10e rendent hommage à Marcelle Capronnier (1900-1987), dite la Houppa, une vedette populaire de l'entre-deux-guerres, artiste de music-hall, actrice de cinéma, pionnière de la radio et pour toujours attachée au Paris populaire des faubourgs.

La Houppa, une chanteuse populaire

Marcelle Capronnier, née en mai 1900 à Vitry-sur-Seine, de famille modeste.
Dès 1923-1924, elle se rapproche de l’éditrice et parolière Suzanne Quentin, dont elle commence à chanter les textes : c’est le début de sa carrière professionnelle en tant que chanteuse interprète. Elle participe également à cette époque au tout premier poste de radiodiffusion installé en France (au pied de la Tour Eiffel), et devient une véritable pionnière de la télégraphie sans fil (TSF), l'ancêtre de notre radio. Sa popularité, à travers le music-hall, le mannequinat et donc la radiodiffusion, est fulgurante.
Face au succès, elle se choisit alors un nom de scène et devient La Houppa, un pseudonyme qui tire son origine de sa coiffure toute particulière, une chevelure blonde marquée par une houppe abondante, surmontée sur scène d'un haut-de-forme, souvent vert.
À 28 ans, elle s’installe à Paris au 55 de la rue du faubourg Saint-Denis dans le 10e, dans un petit appartement où elle demeurera jusqu’à sa disparition.
Pendant 25 ans, elle se consacre à la radio en animant et en chantant pour divers programmes tels que Radio Matin en 1928, Paris P.T.T en 1929, ou encore Radio Paris en 1935.
Chanteuse fantaisiste, de sujets populaires et joyeux, La Houppa mêle aux talents scéniques une grande capacité à divertir, et elle connaît un grand succès dans l'entre-deux-guerres avec des titres comme « En cueillant la noisette » ou « Ah ! La marguerite ». Dans les années 30, sa popularité en fait la marraine de tournois cyclistes, notamment les Six Jours de Paris en 1936, au Vélodrome d'Hiver.

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Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, La Houppa quitte Paris et se réfugie en zone libre, où elle crée et anime l’émission « Le quart d’heure de la bonne humeur » diffusée sur Radio Nîmes.
Tout au long de sa carrière, elle aura enregistré 120 disques, comprenant environ 240 chansons. Ses concerts l'ont conduite évidemment à Paris, mais aussi en province et même à l'étranger, notamment en Belgique, au Luxembourg, en Lettonie, en Lituanie, en Suisse…
Elle recevra de nombreuses décorations qui distinguent non seulement sa grande popularité mais également son fervent engagement associatif, voué à la lutte contre la pauvreté des personnes âgées à Paris. En 1948, elle fonde en effet la Commune Libre de Panoyaux-Ménilmontant et par la suite la Commune Libre Porte Saint-Denis – Porte Saint-Martin, dans ce 10e qu'elle aimait tant.
Montée sur scène pour une dernière fois en 1971, elle s'éteint dans son appartement du faubourg Saint-Denis le 18 juillet 1987, mais son souvenir demeure jusqu'à nos jours.

L'hommage d'Alexandra Cordebard

Le 19 juillet 2021, une plaque a été dévoilée devant l'immeuble du 55, rue du faubourg Saint-Denis, pour rendre hommage à cette figure aujourd'hui souvent méconnue de notre arrondissement. Pour l'occasion, Alexandra Cordebard a prononcé le discours que vous retrouverez ci-dessous.
Monsieur le sénateur, cher Rémi Féraud,
Madame la maire, chère Laurence Patrice,
Mesdames et Messieurs les élus du 10e arrondissement,
Monsieur le président de la branche des cafés, bars et brasseries du Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration, cher Marcel Benezet,
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Dans cet étrange sentiment qu’est la nostalgie, il y a comme un charme envoûtant, fait tout à la fois de regrets et de plaisirs, de douceur et d’amertume, de solitude et de partage, de mélancolie et de gaieté.
Cette nostalgie, c’est celle d’un passé aujourd’hui presque révolu. Un temps que les moins de 50, de 60, de 70 ans ne peuvent pas connaître.
Celui de la gouaille parisienne et du tumulte des faubourgs. Des téléphones à cadran et des disques à 78 tours. Des congés payés en tandem et des actualités Gaumont-Pathé. C’était le temps de la java et des bals musette. C’était le temps des « vedettes » qui, dans l’entre-deux-guerres n’avaient pas encore été remplacées par les stars et les peoples d’aujourd’hui.
La Houppa était de ce temps-là. Chanteuse populaire, au répertoire tantôt fantaisiste et tantôt gaillard, qui roulait volontiers les « R » avec la diction traînante et inimitable des années 30, elle représente ces années de « tendre insouciance » aurait dit Trenet, de frivolité où l’on chantait pour rire bien plus encore que pour danser, et où les refrains étaient repris en chœur par toute la salle d’un cabaret.
Mais se souvenir de la Houppa, ce n’est pas seulement se rappeler les airs d’accordéon et l’atmosphère du « Paname » d’antan.
Se souvenir de la Houppa, c’est se rappeler d’une pionnière, qui dès 1924, sut saisir le progrès en marche, en se produisant depuis le pied de la tour Eiffel, sur la TSF, et qui pendant 25 ans, donnera de la voix à travers les ondes de la radio, sans négliger sa carrière scénique et son répertoire qui compte près de 120 disques et quelques 240 chansons, sans négliger ses aventures artistiques, y compris en navigant jusque vers le cinéma.
Se souvenir de la Houppa, c’est se rappeler d’une femme populaire, qui sous son haut-de-forme vert, avec son charme extravagant, avec son franc-parler décapant, avec son sourire inoubliable, mettait sa célébrité au service du plus grand nombre, se faisant volontiers mascotte ou porte-bonheur, comme, au cours des fameux « Six Jours de Paris » de 1936, cette course emblématique d’une époque où tous les cyclistes, debout sur leurs pédales, chantèrent avec elle ses airs les plus connus.
Oui, se souvenir de la Houppa, c’est se souvenir d’une humaniste, d’une femme libre, indépendante, engagée, humble, altruiste, qui n’oubliait pas ses origines modestes, qui était farouchement patriote et républicaine, qui se souciait des « p’tites gens » de Paris et d’ailleurs.
Quand tant d’artistes s’accommodent de l’occupation, elle ne se laissa pas compromettre et abandonna Radio Paris pour la zone libre.
Quand tant de vedettes, une fois les têtes d’affiches conquises, s’oublient dans le strass et les paillettes, elle demeura dans son quartier, dans ce 10e arrondissement qu’elle aimait et qu’elle ne quitta jamais.
Quand tant de starlettes poursuivent la célébrité pour la célébrité, elle mit la sienne au service des plus modestes, des plus pauvres, des plus âgés, en s’engageant à travers la commune libre Porte Saint-Denis – Porte Saint-Martin, dont elle sera présidente-maire.
Des plaisirs simples, de la bonhommie populaire, des chansons drôles, piquantes, aux doux sous-entendus galants, de cette houppe blonde inoubliable, Marcelle Capronnier a fait naître un univers de gentillesse, d’humanité, de fidélité que nous ne devons plus méconnaître, que nous ne devons pas oublier.
Et je tiens à remercier aujourd’hui, sous les fenêtres de son appartement, auprès de ces roses qu’elle aimait tant, Marcel Benezet, qui fut son ami, qui fut je crois comme un filleul, et qui, de légataire de sa mémoire, se fait aujourd’hui son restaurateur, grâce à l’appui de Rémi Féraud, de Laurence Patrice, des services de la Ville et d’Elogie-Siemp, qui ont tout fait pour que cette plaque voit le jour.
Mesdames et Messieurs, chers amis, c’est un très grand plaisir pour moi de rendre au 10e arrondissement la mémoire de Marcelle Capronnier, de cette houppa, de cette femme libre, de cette pionnière qui fit rire, danser, chanter notre arrondissement et les faubourgs de « Paname ».
Grâce à son souvenir, c’est tout un pan du Paris d’antan qui subsiste, un Paris désormais discret, mais dont l’âme n’est pas éteinte, et qu’il nous faut entretenir.
Je vous remercie.

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