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Reportage

La salle des mariages : le patrimoine des couples du 10e

Mise à jour le 08/12/2020
Après la restauration de la façade principale de la Mairie, c’est un chantier plus discret qui démarre : celui de la salle des mariages. Un patrimoine exceptionnel, partagé par tous les couples du 10e, qui retrouvera bientôt ses couleurs et son éclat d’origine.

Retour au début du XXe siècle…

Lorsque la Mairie du 10e est inaugurée en 1896, en dehors de quelques dorures, les intérieurs ne sont pas encore décorés. Ce n'est qu'en 1902 que le futur chantier de décoration est voté par le Conseil, et il faut attendre 1905 pour que les premiers coups de pinceaux soient enfin donnés.
Ce sont d'abord quelques travaux préparatoires qui démarrent : lessivage des murs, pose des lambris, retrait des cheminées devenues obsolètes depuis l'installation du chauffage… À la faveur de ces suppressions, il est décidé de déplacer le haut-relief du sculpteur Jules Dalou (à qui l'on doit notamment la monumentale sculpture de la place de la Nation) : originellement celui-ci était situé au-dessus d'une cheminée de la salle des fêtes ; il sera déplacé derrière l'estrade du maire, dans la salle des mariages, où il veille toujours sur les jeunes couples qui se disent oui.
L'été 1905 voit enfin le lancement des commandes aux artistes. Et naturellement, on ne choisit que des valeurs sûres de l'art officiel de l'époque. Ce sont des peintres et sculpteurs académiques, qui sont issus de l'école des Beaux-Arts, qui ont participé au prestigieux Prix de Rome, qui sont membres de la Société des Artistes français, ou encore d'anciens décorateurs retenus pour la réédification de l'Hôtel de Ville…
Le hall de la Mairie, vers 1918 (photographie de Charles Lansiaux).
Histoire et Vies du 10e

Un décor très républicain

L'architecte Eugène Rouyer (à qui l'on doit la Mairie), avait donné le ton : son bâtiment serait dans un style néo-Renaissance très affirmé. La salle des mariages est également pensée dans cet esprit : boiseries, pilastres à chapiteaux corinthiens, sculptures à motifs végétaux, portes-fenêtres monumentales à vitraux…

La Fraternité

En plus de ce riche décor, la République joue également son rôle : en ce début de siècle, le régime est encore jeune et cherche à s'affirmer. Et surtout, en 1905, la France débat intensément de la loi sur la séparation de l'Église et de l'État. Pour concurrencer les cultes, notamment sur le terrain du mariage, la cérémonie civile doit donc être aussi solennelle que les cérémonies religieuses.
Avec le déplacement de l'œuvre de Jules Dalou, c'est un véritable autel républicain qui est déjà dressé dans la salle des mariages. La Fraternité, ce haut-relief monumental (3,80m x 2,50m), célèbre la vertu républicaine :
  • au centre, s'embrassent deux hommes
  • à gauche, une femme porte un enfant dans ses bras et se baisse vers un autre pour l'éloigner d'un tambour militaire
  • à droite, un homme agenouillé brise une épée avec son genou
  • à l'arrière, une foule heureuse se réjouit
  • enfin le haut de l'œuvre comprend une triade de femmes soutenant des drapeaux : la Liberté coiffée de son bonnet phrygien, l'Égalité dotée de la main de justice, et la Fraternité qui semble se jeter vers la foule pour l'étreindre.
La Fraternité (1883), par Jules Dalou.

La Famille

De l'autre côté de la salle, on confie au peintre pointilliste Henri Martin la réalisation d'un grand panneau décoratif. La thématique retenue est de circonstance : la famille. Il s'agit d'une scène champêtre, qui met en avant une figure maternelle tenant un nouveau né dans ses bras. Le père, tout proche, est quant à lui en habit de travail, une faux à la main, tandis qu'aux pieds du couple, un autre enfant veille sur sa poupée. Le tout se déroule au cœur d'une paisible clairière ensoleillée où travaillent deux femmes, près d'une rivière et d'un hameau…
En bref, les deux scènes rappellent toutes les valeurs chères à la morale de l'époque : d'un côté la fraternité républicaine et la défense de la nation, de l'autre la maternité, la vie de famille, le travail, la ruralité…
La Famille (1905), par Henri Martin.

Nos agents ont du talent !

Aujourd'hui, la salle des mariages présente une physionomie très classique : des boiseries blanches rehaussées de dorures, des corniches et des stucs, et quelques peintures murales marquées du traditionnel "RF" pour rappeler le caractère officiel du lieu. Un style sobre, imitant le goût du XVIIIe siècle. Après avoir procédé à des sondages des murs et des menuiseries, les coloris originaux ont été retrouvés…
Surprise ! L'ensemble était peint de couleurs très vives : des bruns, des beiges rosés, des gris bleutés, des verts vifs pour les éléments floraux, sans compter la dorure à la feuille. Sur les portes, des décors floraux roses, bleus et dorés ont été mis au jour.
Le saviez-vous ?
Comme il était tout d'abord placé au-dessus d'une cheminée de marbre vert, le haut-relief de Jules Dalou était peint en… vert ! Il s'agissait de camoufler le plâtre pour donner l'impression que la sculpture était faite de bronze. Comme la cheminée n'existe plus, il a été décidé de maintenir la couleur blanche sur cette œuvre.
Il a donc été choisi, parmi l'ensemble des décorations anciennes, de s'approcher au maximum de l'état d'origine.
Les travaux de restauration sont en grande partie réalisés par des ouvriers qualifiés du Service Évènementiel et Travaux de la Ville de Paris. Ils seront accompagnés par des peintres décorateurs expérimentés de l’entreprise Tollis, à qui l’on doit l’étude qui a permis d’identifier les différentes campagnes décoratives qui se sont succédées grâce à la réalisation des sondages stratigraphiques.
Le panneau peint d'Henri Martin retrouvera son éclat grâce à deux restauratrices spécialisées, habilitées par la Direction des Musées de France. En tout, ce sont quarante jours de travail qui seront nécessaires à une réhabilitation qui n'avait jamais été menée à bien depuis la création de l'oeuvre, en 1905.
Résultat final au printemps prochain, pour tous les jeunes mariés du 10e arrondissement !