Quand les écoles publiques du 10e perpétuent la mémoire de la Shoah
Focus
Mise à jour le 01/04/2026
Sommaire
Commémorations, projets pédagogiques mais aussi nouvelles dénominations d’établissements : dans le 10e arrondissement, la mémoire de la Shoah se transmet jusque dans les noms des écoles, porteurs d’histoires de courage, de résistance et de solidarité.
Chaque
année, les établissements scolaires du 10e arrondissement s’engagent dans un travail
de mémoire essentiel autour de l’histoire de la Shoah.
À l’occasion de la Journée
internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, le 27 janvier,
des temps de commémoration et de réflexion sont ainsi organisés avec l’Association
pour la mémoire des enfants juifs déportés du 10e, les élèves et les
équipes pédagogiques.
Des écoles publiques aux noms porteurs de mémoire
Ce
travail pédagogique se prolonge également à travers les nouvelles dénominations de
plusieurs écoles du 10e arrondissement, qui portent désormais les
noms de femmes et d’hommes dont les parcours sont liés à la Shoah et à la
Résistance.
Ces
initiatives permettent aux jeunes générations de comprendre l’histoire de la
Seconde Guerre mondiale, de rendre hommage aux victimes, de réfléchir aux
valeurs de vigilance, de solidarité et de fraternité qui fondent notre
République et de devenir, à leur tour, les passeurs d’une mémoire essentielle.
André (1889-1974) et Clémence (1893-1976) Baccary
En
juin 2011, l’école Martel a été renommée école André et Clémence Baccary. Instituteur
à l’école de la rue Martel, André Baccary et sa femme Clémence créent, avant la guerre, une colonie de vacances dans leur maison de Montigny-le-Ganelon, en Eure-et-Loir, pour les élèves de l’école.
Pendant
l’Occupation, face aux persécutions antisémites, ils mettent en place un réseau
discret pour protéger des enfants juifs. André veille sur les élèves à l’école
et alerte les familles en cas de danger, tandis que Clémence organise leur
accueil à la campagne. Grâce à leur courage et à leur sens des responsabilités,
dix enfants échappent à l’arrestation et à la déportation.
Pour
ces actes de bravoure, ils ont été reconnus Justes parmi les Nations par le
mémorial de Yad Vashem en 2008, et l’école élémentaire Martel du 10e arrondissement prit leur nom en juin 2011.
Annette Zaidman (1934-2022)
Née
dans le 10e arrondissement le 24 avril 1934, Annette Zaidman grandit
dans une famille juive d’origine polonaise installée au 5-7, rue Corbeau
(aujourd’hui rue Jacques Louvel-Tessier).
En
juillet 1942, alors qu’elle n’a que huit ans, elle échappe de justesse à la
rafle du Vél’ d’Hiv grâce à l’intervention de sa tante et doit se cacher en
province jusqu’à la Libération. Son père et son frère, arrêtés puis déportés,
ne reviendront pas.
Après
la guerre, elle s’engage durablement dans le travail de mémoire et la recherche
de la vérité sur la déportation des Juifs de France, notamment aux côtés de
Serge et Beate Klarsfeld et de l’association des Fils et Filles de déportés
juifs de France, fondée en 1979.
L’école élémentaire Parmentier du 10e arrondissement est devenue l'école Annette Zaidman en avril 2024.
Mila Racine (1919-1945)
Née
en 1919 à Moscou dans une famille juive ayant fui la révolution russe, Mila
Racine grandit en France et s’engage très tôt dans des actions de solidarité.
Pendant
la Seconde Guerre mondiale, elle œuvre dans la Résistance au sein de réseaux
dans le sud de la France et en Haute-Savoie, où elle participe à l’organisation
de passages clandestins vers la Suisse afin de sauver des enfants juifs menacés
d’arrestation et de déportation. Elle accompagne elle-même plusieurs groupes
d’enfants à travers la frontière.
Arrêtée
par la Gestapo en octobre 1943 alors qu’elle tente encore de conduire 20 enfants vers
la Suisse, elle est déportée au camp de Ravensbrück puis de Mauthausen, où elle
meurt en mars 1945 dans un bombardement allié. Elle
aura contribué à sauver plus de 300 enfants, dont André Panczer, actuel président
du Conseil national pour la mémoire des enfants juifs déportés (COMEJD).
L’école maternelle Pierre Bullet du 10e arrondissement est devenue l'école Mila Racine en octobre 2025.
Marcel Marceau (1923-2007)
Marcel
Mangel, né en 1923 à Strasbourg dans une famille juive, s’engage très jeune
dans la Résistance. Il fabrique de faux papiers, distrait et rassure les
enfants au sein de maisons d’enfants où il est appelé « Kangourou »
et participe, aux côtés de son cousin Georges, à la fuite d’une trentaine d’enfants
juifs vers la Suisse.
C’est
aussi à cette époque qu’il prend le pseudonyme de « Marceau »,
emprunté à Victor Hugo, qu’il gardera toute sa vie en mémoire de ceux qui ont
disparu pour défendre la liberté.
Après
la Libération, il s’engage dans l’armée française. Envoyé en Allemagne, il
donne ses premières pantomimes devant 2 000 soldats américains. Son art du mime
naît de ce moment, de ce besoin de recréer de l’espoir et de transmettre de
l’empathie à travers un langage universel qui parle à tous sans un mot : un langage où l’on peut devenir tour à tour un homme, une femme, un poisson, la joie ou la tristesse.
Soucieux de transmettre son art, Marcel Marceau fonde en 1978 l’école
internationale de Mimodrame, installée rue René Boulanger dans le 10e arrondissement, où il forme des générations
d’artistes à un mime profondément humain.
Il demeure à ce jour l’un des artistes français les plus connus au monde, lui qui veilla toute sa vie à demeurer fidèle à ses racines, à son histoire et à son père, déporté à Auschwitz en 1944,
dont la mort a nourri jusqu'à son dernier souffle un désir profond de réconciliation, de paix
et d’universalisme.
L’école polyvalente Lancry du 10e arrondissement est devenue l'école Marcel Marceau en novembre 2025.
